Le Cancre
Il dit non avec la tête
mais il dit oui avec le coeur
il dit oui à ce qu'il aime
il dit non au professeur
il est debout
on le questionne
et tous les problèmes sont posés
soudain le fou rire le prend
et il efface tout
les chiffres et les mots
les dates et les noms
les phrases et les pièges
et malgré les menaces du maître
sous les huées des enfants prodiges
avec des craies de toutes les couleurs
sur le tableau noir du malheur
il dessine le visage du bonheur.
Jacques Prévert
Le sujet est revenu à l’actualité !
Dans les livres scolaires d’autrefois, on pourrait trouver en récitation :
La maîtresse d’école
Elle aimait entre tous, de son amour de mère,
Ceux dont l’âme innocente attend une lumière ;
Les petits révoltés, les rôdeurs de buissons
Préféraient à leurs jeux ses charmantes leçons.
Les marmots hérissés ayant horreur du livre,
Quand elle ouvrait le sien quittaient tout pour la suivre.
Tout enfant chérissait son toit hospitalier .
Plus de grossiers ébats, de rixes, de maraude.
Oh ! les beaux jours d’hiver dans la salle bien chaude,
A chanter doucement les antiques noëls,
A se faire conter des contes éternels,
A s’empresser autour du vieux livre d’images,
A changer plusieurs fois de plaisirs et d’ouvrages,
A mêler la prière entre les jeux divers,
Et même à réciter des fables et des vers !
V. de Laprade
(Livre d’un père – Collection Hetzel)
Cité dans Les livres scolaires d’autrefois, de 1840 à 1940 de Georges Patrick SPEECKAERT) chez De Boeck, Bruxelles, 1996.
Bonne rentrée à tous les enfants…
Notre école
Notre école se trouve au ciel.
Nous nous asseyons près des anges.
Comme des oiseaux sur les branches.
Nos cahiers d'ailleurs ont des ailes.
À midi juste, on y mange,
Avec du vin de tourterelle,
Des gaufres glacées à l'orange
Les assiettes sont en dentelle.
Pas de lecon, pas de devoirs
Nous jouons quelques fois, le soir
Au loto avec les étoiles.
Jamais nous ne rêvons la nuit
Dans notre petit lit de toile
L'école est notre paradis.
Maurice Carême
L'écolière
Bon Dieu ! que de choses à faire !
Enlève tes souliers crottées,
Pends donc ton écharpe au vestiaire,
Lave tes mains pour le goûter,
Revois tes règles de grammaire.
Ton problème, est-il résolu ?
Et la carte de l'Angleterre,
Dis, quand la dessineras-tu ?
Aurai-je le temps de bercer
Un tout petit peu ma poupée,
De rêver, assise par terre,
Devant mes châteaux de nuées ?
L'Enfant et le Maître d'école
Dans ce récit je prétends faire voir
D'un certain sot la remontrance vaine.
Un jeune enfant dans l'eau se laissa choir,
En badinant sur les bords de la Seine.
Le Ciel permit qu'un saule se trouva,
Dont le branchage, après Dieu, le sauva.
S'étant pris, dis-je, aux branchages de ce saule,
Par cet endroit passe un Maître d'école.
L'enfant lui crie : " Au secours ! je péris. "
Le Magister, se tournant à ses cris,
D'un ton fort grave à contre-temps s'avise
De le tancer : " Ah ! le petit babouin !
Voyez, dit-il, où l'a mis sa sottise !
Et puis, prenez de tels fripons le soin.
Que les parents sont malheureux qu'il faille
Toujours veiller à semblable canaille !
Qu'ils ont de maux ! et que je plains leur sort ! "
Ayant tout dit, il mit l'enfant à bord.
Je blâme ici plus de gens qu'on ne pense.
Tout babillard, tout censeur, tout pédant,
Se peut connaître au discours que j'avance :
Chacun des trois fait un peuple fort grand ;
Le Créateur en a béni l'engeance.
En toute affaire ils ne font que songer
Aux moyens d'exercer leur langue.
Hé ! mon ami, tire-moi de danger :
Tu feras après ta harangue.
Jean de La Fontaine
(43)
Le Cancre
Il dit non avec la tête
mais il dit oui avec le coeur
il dit oui à ce qu'il aime
il dit non au professeur
il est debout
on le questionne
et tous les problèmes sont posés
soudain le fou rire le prend
et il efface tout
les chiffres et les mots
les dates et les noms
les phrases et les pièges
et malgré les menaces du maître
sous les huées des enfants prodiges
avec des craies de toutes les couleurs
sur le tableau noir du malheur
il dessine le visage du bonheur.
Jacques Prévert
Nicole Edouard (71)
Le sujet est revenu à l’actualité !
Dans les livres scolaires d’autrefois, on pourrait trouver en récitation :
La maîtresse d’école
Elle aimait entre tous, de son amour de mère,
Ceux dont l’âme innocente attend une lumière ;
Les petits révoltés, les rôdeurs de buissons
Préféraient à leurs jeux ses charmantes leçons.
Les marmots hérissés ayant horreur du livre,
Quand elle ouvrait le sien quittaient tout pour la suivre.
Tout enfant chérissait son toit hospitalier .
Plus de grossiers ébats, de rixes, de maraude.
Oh ! les beaux jours d’hiver dans la salle bien chaude,
A chanter doucement les antiques noëls,
A se faire conter des contes éternels,
A s’empresser autour du vieux livre d’images,
A changer plusieurs fois de plaisirs et d’ouvrages,
A mêler la prière entre les jeux divers,
Et même à réciter des fables et des vers !
V. de Laprade
(Livre d’un père – Collection Hetzel)
Cité dans Les livres scolaires d’autrefois, de 1840 à 1940 de Georges Patrick SPEECKAERT) chez De Boeck, Bruxelles, 1996.
Bonne rentrée à tous les enfants…
(43)
Notre école
Notre école se trouve au ciel.
Nous nous asseyons près des anges.
Comme des oiseaux sur les branches.
Nos cahiers d'ailleurs ont des ailes.
À midi juste, on y mange,
Avec du vin de tourterelle,
Des gaufres glacées à l'orange
Les assiettes sont en dentelle.
Pas de lecon, pas de devoirs
Nous jouons quelques fois, le soir
Au loto avec les étoiles.
Jamais nous ne rêvons la nuit
Dans notre petit lit de toile
L'école est notre paradis.
Maurice Carême
(43)
L'écolière
Bon Dieu ! que de choses à faire !
Enlève tes souliers crottées,
Pends donc ton écharpe au vestiaire,
Lave tes mains pour le goûter,
Revois tes règles de grammaire.
Ton problème, est-il résolu ?
Et la carte de l'Angleterre,
Dis, quand la dessineras-tu ?
Aurai-je le temps de bercer
Un tout petit peu ma poupée,
De rêver, assise par terre,
Devant mes châteaux de nuées ?
Bon Dieu ! que de choses à faire !
Maurice Carême
(43)
L'Enfant et le Maître d'école
Dans ce récit je prétends faire voir
D'un certain sot la remontrance vaine.
Un jeune enfant dans l'eau se laissa choir,
En badinant sur les bords de la Seine.
Le Ciel permit qu'un saule se trouva,
Dont le branchage, après Dieu, le sauva.
S'étant pris, dis-je, aux branchages de ce saule,
Par cet endroit passe un Maître d'école.
L'enfant lui crie : " Au secours ! je péris. "
Le Magister, se tournant à ses cris,
D'un ton fort grave à contre-temps s'avise
De le tancer : " Ah ! le petit babouin !
Voyez, dit-il, où l'a mis sa sottise !
Et puis, prenez de tels fripons le soin.
Que les parents sont malheureux qu'il faille
Toujours veiller à semblable canaille !
Qu'ils ont de maux ! et que je plains leur sort ! "
Ayant tout dit, il mit l'enfant à bord.
Je blâme ici plus de gens qu'on ne pense.
Tout babillard, tout censeur, tout pédant,
Se peut connaître au discours que j'avance :
Chacun des trois fait un peuple fort grand ;
Le Créateur en a béni l'engeance.
En toute affaire ils ne font que songer
Aux moyens d'exercer leur langue.
Hé ! mon ami, tire-moi de danger :
Tu feras après ta harangue.
Jean de La Fontaine